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À venir : la construction d’une relation amoureuse

La parentalité

Le trouble du TDAH

Le maintien d'une relation amoureuse
 
Présentation


Bonjour lectrice et lecteur,

Nous vous invitons trimestriellement à lire nos rubriques sur divers sujets dans lesquelles nous nous compromettrons en risquant d’étaler nos valeurs, croyances et principes de nos évaluations et de nos interventions auprès des individus, des couples, des familles et des systèmes organisationnels. Nous sommes une équipe de professionnels (psychoéducateur, psychologue, neuropsychologue, ergothérapeute, thérapeute conjugal & familial et aide pédagogique en douance) qui offrent leurs expertises auprès de la population dans divers domaines.

Le TDAH est un trouble :


De performance, non d’habileté;

de faire ce que l’on sait, pas de ne pas savoir quoi faire;

du quand et du où, pas du comment et du quoi;

de faire ce que l’on doit faire au bon moment;

c’est un déficit «d’intention».

  • Le TDAH est un trouble chronique dans la plupart des cas. De 5 à 7 % de personnes en sont atteints et ce, peu importe la race et la culture.
  • Le TDAH résulte largement de facteurs biologiques.
  • L’environnement social va influencer la présence ou non de problèmes associés.
  • Les troubles associés sont vraiment fréquents et orientent le choix des interventions.


Comme le dit si bien Boris Cyrulnik : « La pensée paresseuse est une pensée dangereuse puisque, prétendant trouver la cause unique d’une souffrance, elle aboutit à la conclusion logique qu’il suffit de supprimer cette cause, ce qui est rarement vrai ».

Boris Cyrulnik  nous rappelle qu’un « trait » morphologique ou une conduite génétiquement déterminée, détermine à son tour les réponses parentales et environnementales.  Mais les répliques adaptatives dépendent de la signification que le parent ou le milieu scolaire attribuent à ce trait.

Une prédisposition indique seulement que quelque chose pourra se produire, selon les circonstances.  Le résultat est influencé par plusieurs autres facteurs. L’ordre psychosocial tout entier peut contribuer à l’émergence de symptômes d’inattention et d’hyperactivité:

  • qualité du milieu de garde;
  • dépression chez la mère;
  • isolement social et pauvreté;
  • manque d’encadrement disciplinaire;
  • conflits conjugaux et familiaux;
  • violence conjugale/familiale;
  • surcharge familiale;
  • milieu scolaire non adapté au besoin de l’enfant.

La discipline inconsistante pourrait précipiter la chose, et cela est plus clair qu’il n’y paraît dans les écrits scientifiques.


RAPPEL :

  • les enfants TDAH ne sont pas tous pareils. Les moyens diffèrent d’une personne à l’autre

  • Avant tout, si l’on veut que les moyens mis en place fonctionnent, il est primordial d’établir une bonne relation avec l’enfant.

  • Pourquoi mettons-nous ces interventions en place? Quel est le premier but? Faire vivre des réussites afin d’améliorer l’estime de soi.

  • L’enfant vit des échecs, car pour lui l’apprentissage de  la lecture et de l’écriture est plus ardu.

  • Ces enfants sont constamment repris en classe soit pour cesser de bouger ou se mettre au travail.

  • Peu à peu, ils prennent conscience de leurs difficultés et on observe une perte d’estime et de confiance en soi.

  • Ils peuvent se mettre à détester l’école.

  • Ils n’apprennent pas de leurs erreurs.

  • Ils ont aussi des difficultés à se faire des amis et les garder.  Ils se sentent seuls, différents, rejetés.


Manifestation des symptômes à la petite enfance :

Comparativement aux autres enfants de leur âge, les enfants présentant ce trouble semblent être plus irritables pendant la première année de vie, avoir de la difficulté à se faire consoler et avoir tendance à être irréguliers dans leurs cycles physiologiques, par exemple le sommeil ou la faim (Ross et Ross, 1982). Ils éprouvent plus de difficultés à établir des routines. Plusieurs montrent également des retards dans l’apprentissage de la propreté, le développement moteur ou langagier. Pendant la petite enfance, les symptômes de suractivité, de difficulté d'attention et de faible tolérance à la frustration apparaissent. Ils donnent l’impression de n'avoir aucun sens du danger et réagissent moins bien aux efforts disciplinaires qui fonctionnent avec les autres enfants (Cantwell, 1977). Ces comportements rendent la tâche éducative des parents beaucoup plus difficile et peuvent atténuer le lien d’attachement. Si les parents ne se montrent pas bien habiletés à jouer leur rôle ou s’ils vivent d’autres difficultés, les problèmes de comportements en seront d'autant plus accentués. Dans une étude réalisée auprès d’enfants de quatre ou cinq ans, Allessandrini (1992) a observé que les enfants présentant un TDAH changeaient plus souvent de jeux, s’engageaient moins dans des jeux parallèles ou de groupes avec les autres enfants et entretenaient moins de conversations avec eux. Leurs jeux apparaissaient également plus immatures, c’est-à-dire davantage sensorimoteurs que symboliques. Synthèse des symptômes les plus fréquents :

  • Plus irritable
  • Sommeil difficile
  • Routine difficile à établir
  • Retard de développement (propreté, langage, motricité fine)
  • Change plus souvent de jeux
  • Joue en parallèle plutôt qu’avec

Manifestation des symptômes durant l’enfance (7-12 ans):

C’est sans doute à cette période que le TDAH crée le plus d’effets néfastes aux enfants, car l’entrée à l’école marque une augmentation des demandes de l’environnement pour l’autocontrôle (attendre son tour, obéir, coopérer, rester assis à sa place) et l’attention (persévérer dans l’accomplissement des tâches demandées, suivre les consignes). Il n’est pas étonnant de constater que la plupart des cas soient décelés en première année. Les résultats scolaires des enfants ayant un TDAH s’avèrent souvent inégaux. Leurs enseignants se plaignent notamment du non-respect des consignes, de leur mauvaise organisation du travail, de la malpropreté de leur bureau ou de la piètre qualité des travaux remis. Il faut toutefois être très prudent dans l’interprétation des rapports des enseignants, car ces derniers ont tendance à surdiagnostiquer ce trouble. Plusieurs enfants ayant un TDAH développent des problèmes d’apprentissage, particulièrement en lecture. Certains de leurs comportements (ne pas attendre son tour, s’imposer dans des jeux, bouger constamment, etc.) entraînent, pour plus de 50 % d’entre eux, le rejet des pairs. Ils s’attirent également plus d’attention négative de la part des enseignants (Frederick et Olmi, 1994). À la maison, la période de devoirs devient une bataille quotidienne pour la plupart des parents. Ces derniers doivent fournir davantage de supervision et d’encadrement à ces enfants. Ils risquent également de s’engager davantage dans une escalade coercitive. Les parents des enfants ayant TDAH

rapportent également de fréquentes crises de colère, chicanes ou batailles avec la fratrie. Des conflits familiaux, sociaux et scolaires se créent rapidement. Barkley, Du Paul et McMurray (1991) rapportent qu’à la fin de la sixième année, 60 à 80 % de ces enfants seront sous médication, plus de 50 % auront reçu une forme de thérapie individuelle ou familiale, et 30 à 45 % auront reçu des services éducatifs spéciaux. Synthèse des symptômes les plus fréquents :

  • Difficultés scolaires (en particulier en lecture)
  • Autres problèmes de comportement (opposition, agressivité)
  • Mésestime de soi
  • Crises de colère; conflits fréquents
  • Affaiblissement du lien d’attachement avec les parents
  • Rejet par les pairs ou retrait social

Manifestation des symptômes à l’adolescence (13- 18 ans):

À l’adolescence, on observe une diminution des symptômes pour la majorité des jeunes ayant un TDAH. L’hyperactivité se manifeste davantage à l’adolescence par un sentiment de nervosité, d’agitation, par la difficulté à se concentrer ou à réaliser calmement des activités. Les résultats de certaines études suggèrent que ce déclin des symptômes serait de nature développementale et peu relié aux traitements reçus, qu’ils soient pharmacologiques ou psychologiques (Hart et al., 1995). Barkley et al. (1990) ont observé que, comparativement aux autres adolescents, ceux ayant un TDAH et n’ayant pas reçu de traitement consommaient davantage de drogues ou d’alcool, obtenaient de moins bons résultats scolaires, faisaient l’objet de plus de suspensions ou d’expulsions à l’école. Un nombre également plus élevé d’adolescents avaient doublé une année scolaire ou avaient décroché de l’école. Ces observations valaient particulièrement lorsqu’il y avait une comorbidité avec un trouble oppositionnel avec provocation ou un trouble de conduite. Synthèse des symptômes les plus fréquents :

  • Motricité excessive tend à diminuer
  • Agitation intérieure persiste (sentiment de nervosité)
  • Problèmes d’attention persistent
  • Respect de l’autorité souvent problématique
  • Développement d’une faible estime de soi et possiblement de sentiment dépressifs
  • Décrochage scolaire
  • Consommation de drogues si ne reçoit de traitement

Manifestation des symptômes à l’âge adulte :

  • Comportements anti-sociaux
  • Troubles psychiatriques (4 fois plus à risque de dépression, de trouble anxieux généralisé, de développer un trouble bipolaire (15 à 20 %)
  • Problèmes d’emploi
  • Problèmes de conduite automobile
  • Problèmes de sexualité
  • 50% évoluent normalement

LES GRANDS PRINCIPES D’INTERVENTION MULTIDIMENSIONNELLE

  • Intervenir de façon intensive
    Au moins 18 rencontres pour les enfants; 50 à 60 heures d’intervention; au moins 6 mois.

  • Intervenir à long terme
    Le trouble étant une condition relativement chronique, on ne parle pas de guérison mais plutôt de la stabilisation ou de la diminution des symptômes ainsi que de la prévention d’autres problèmes comme les difficultés d’apprentissage, l’agressivité, l’opposition, l’anxiété ou la dépression.

    L’enfant qui présente un TDAH aura besoin d’encadrement et de support pendant une longue période de temps, voir des années (tout le primaire et sûrement le début du secondaire).

  • Choisir les interventions en fonction des besoins du jeune
    Il n’y a pas un traitement unique pour tous les individus présentant un TDAH. Il faudra choisir la meilleure intervention selon le type (mixte, déficit d’attention prédominant ou hyperactivité/impulsivité prédominant), l’âge, les autres problèmes qu’il présente. Choisir les interventions en fonction des besoins du jeune et non en fonction des besoins des adultes ou des milieux de vie.

  • Se concerter entre milieux et entre intervenants
    L’aspect mutidisciplinaire du traitement augmentera l’efficacité de l’intervention. Plus les différents intervenants en contact avec le jeune seront impliqués, plus efficace sera l’intervention; plus de milieux de vie seront touchés, plus de chances l’enfant aura d’intégrer les nouveaux comportements appris. Avoir surtout le temps de se concerter; trouver des moyens simples et efficaces.

  • Intervenir auprès de l’enfant plutôt que de traiter seulement ses symptômes.
    Il faut voir l’enfant dans sa globalité en tenant compte de toute sa personne, de son développement, de ses autres problèmes et de ses désirs.

Citation du Dr André Merminod, neurologue pédiatre au Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke, qui a écrit :
"On ne peut exiger d'un enfant hyperactif avec des Troubles Attentionnels qu'il travaille avec concentration pendant plusieurs heures de suite, tout comme on ne peut exiger d'un enfant aveugle qu'il voit ou d'un enfant sourd qu'il entende. Accepter le diagnostic d'hyperactivité , c'est éliminer du même coup toute velléité de qualifier cet enfant de paresseux, d'irresponsable ou d'immature".

 

Bertrand Dubé
Psychoéducateur et
Thérapeute conjugal & familial
Centre professionnel de services psychosociaux

BIBLIOGRAPHIE

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Collège des médecins du Québec, & Ordre des psychologues du Québec. (2001). Le trouble de déficit del’attention/hyperactivité et l’usage de stimulants du système nerveux central. Lignes directrices du Collège des médecins du Québec et de l’Ordre des psychologues du Québec. Montréal : Collège des médecins du Québec.

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Cyrulnik, B. (2006). De chair et d’âme. Paris. Éditions Odile Jacob.

Flick, Grad L.(2000).  Managing teens with ADHD: pratical tools & strategies for dealing with difficult behaviors. West Nyack, New york. Edtion: The Center for applied research in education.

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Le Breton, D. (2006) La sociologie du risque.

Louv, R. (2007). The last child in the woods. New York. Morning Edition.

Massé, L., Lanaris, C. et Couture, C. (2006). Le trouble de déficit d’attention/hyperactivité.Dans L. Massé, N. Desbiens & C. Lanaris (Sous la dir. de), Les troubles du comportement à l’école : prévention, évaluation et intervention, (p. 5-16). Montréal : Gaëtan Morin Éditeur.

Maté, G. (2001). L’esprit dispersé: comprendre et traiter les troubles de la concentration. Montréal. Éditions de l’Homme.

Safren, S.A.,Pelman,C.A., Sprich, S., Otto, M. W.(2005). Mastering your adult ADHD. New York : Oxford university press.

Vincent, A. (2004). Mon cerveau a besoin de lunettes. Lac-Beauport, Québec : Éditions Académie Impact. (http://academieimpact.com)

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