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À venir : la construction d’une relation amoureuse

La parentalité

Le trouble du TDAH

Le maintien d'une relation amoureuse
 
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Bonjour lectrice et lecteur,

Nous vous invitons trimestriellement à lire nos rubriques sur divers sujets dans lesquelles nous nous compromettrons en risquant d’étaler nos valeurs, croyances et principes de nos évaluations et de nos interventions auprès des individus, des couples, des familles et des systèmes organisationnels. Nous sommes une équipe de professionnels (psychoéducateur, psychologue, neuropsychologue, ergothérapeute, thérapeute conjugal & familial et aide pédagogique en douance) qui offrent leurs expertises auprès de la population dans divers domaines.

La parentalité


On ne peut jamais répondre à la question : « Qui suis-je ?» sans soulever cette autre interrogation : Qu’ai-je été pour l’autre qui m’a aidé à me construire ?



Pour débuter la première rubrique j’ai pensé aborder ce que représente à nos yeux, une famille.  Nous adhérons à la définition d’un grand pédopsychiatre du Québec; Dr. Michel Lemay qui exerce au Centre hospitalier Sainte-Justine.

Une famille, c’est :

« Un formidable lieu d’évocation où chacun, devançant l’ordre du temps, voit l’autre au deçà et au-delà de ce qu’il est, tout en se construisant et en se transformant par l’accumulation des rêves et des rêveries de chacun ».

La « parentalité » naît dans le désert, celui-là même qui nous habite, quand on est rendu au bout de soi-même, désorienté et prêt à vendre son âme pour une gorgée d’eau.  À la naissance d’un enfant, on s’engage jusqu’à la mort auprès de lui.  Cette maternité, paternité, n’est-elle pas un engagement que l’on approfondit chaque jour à ce qu’il y a de mieux ?  Chaque fois que l’on se lève au milieu de la nuit, on obéit à un amour plus grand que soi.  En ayant des enfants, on renonce à faire la fête chaque soir avec des amis pour la faire avec eux.  On choisit d’être moins riche en argent et en biens. On renonce à posséder des choses qui ne soient qu’a soi. Tous ceux qui ont des enfants savent bien que la vie de famille oblige au partage de tout.


L’éducation des enfants est une terre aride qui a besoin idéalement d’un père et d’une mère pour devenir fertile ou du moins de deux adultes aimants.  J’en vois beaucoup des pères.  Ils poussent des poussettes, et ça me fait sourire.  C’est assez facile, la poussette du samedi, quand même.  Ils siègent sur le conseil d’établissement de l’école de leurs enfants, et là, ça commence à devenir intéressant.  Il est vrai que les plus jeunes pères vont plus loin dans leur implication auprès des enfants que leur propre père ne l’a fait.

Mais jusqu’où est-t-on père ?  Jusqu’à ce que la paternité menace son plan de carrière ? Où jusqu’à ce que ce lien crée donne le vertige ?  Jusqu’à ce que la mère dise « Woo ! »  À partir d’ici, c’est mon territoire!  Jusqu’où iront-ils,  ces hommes, avec leurs enfants? Au bout de leurs capacités.  Il y a tant de pères et de mères pour le meilleur.  Pyjama propre et dents brossés; devoirs faits; petites histoires avant le dodo.  Un gros baiser en arrivant de travailler.  Des dimanches de ski.  Des mains aimantes qui s’agitent d’un côté et de l’autre de la fenêtre de la garderie. Il y a aussi les pères et les mères pour le pire : diarrhée et nuit d’urgence à l’hôpital, table de multiplication conquise à la pioche, pleurs devant le petit qui lui lance à la figure un violent « je te déteste ».  Réunion d’école « plate ».  Celui ou celle qui traverse seul les matins avec les enfants : « dépêche-toi ! Va t’habiller ! As-tu brossé tes dents ? Va brosser tes dents ! Mets ton linge sale dans le panier.  Mange tes céréales ».

Vivre en famille exige aussi, que je vive avec d’autres personnes qui ont leurs humeurs, leurs joies, leurs peines et leurs colères.  Je dois partager ma vie avec un(e) conjoint(e) qui ne fait pas toujours ce que je veux et qui a ses façons de faire, a lui, à elle.  Pour vivre avec celui ou celle qui fait office de l’autre parent de mes enfants j’ai renoncé à tous les autres amoureux (euses) que j’aurais pu rencontrer.


Avoir des enfants nous rappelle que ce n’est pas mon employeur qui remplit mon âme.  Ce ne sont pas mes collègues de travail qui me font expérimenter l’amour profond et mutuel.  Ce n’est pas mon chèque de paie qui me tend les bras chauds le matin.  Je continue à travailler parce que, ça aussi, fait partie de mon équilibre.  Mais je me souviens ce qui vient en premier pour moi. Et j’essaie de ne pas l’oublier.  En finissant mon boulot, je rentre chez moi.  Trouver ma source.

Je crois que les renoncements surgissent dans la vie de chacun et chacune, tout simplement parce qu’ils viennent avec nos engagements.  Mais peu d’entre nous s’y prépare.  Les renoncements nous tombent dessus, parfois douloureusement. 

  • Pourquoi un tel engagement ?
  • De tels renoncements ?
  • À quoi sert que j’aie des enfants ?
  • Que je vive avec leur père, leur mère ou autre partenaire ?
  • Que je me lève tous les matins pour aller travailler ?
  • Que je console mon petit qui pleure ?  …

La difficile vie de couple ne m’apporte-t-elle pas la joie de partager l’intimité de quelqu’un dans la continuité ?

La présence exigeante de mes enfants ne m’a-t-elle pas permis de connaître des fous de rires inattendus, l’immense tendresse de l’allaitement ou le plaisir tout simple de construire un château de sable ? S’investir auprès de ses enfants, sa conjointe, son conjoint donne accès à vivre des situations pour apprendre sur soi-même, à se construire et se connaître davantage.


L’enfant se construit quand l’adulte lui apporte beaucoup de lui-même, c’est-à-dire non seulement des gratifications et des plaisirs, mais également des contraintes, ainsi que des rappels de valeurs et d’interdits qui ne sont pas d’abord les siens.  Toutefois, il doit également pouvoir exercer des choix, découvrir ses droits et orienter son existence dans des directions qui ne sont pas forcément celles que ses parents souhaitent.

Dans la famille, l’enfant reçoit des mêmes personnes la possibilité de réaliser ses désirs et l’ordre de les limiter.  Cela fait de la famille un système unique dans la société.

Il y a majoritairement des pères et des mères qui se tiennent debout quand le petit despote de trois ans, vient fracasser notre sentiment d’omnipotence sur notre ego fatigué. Je ne sais pas ce qui me touche le plus de voir ces pères et ces mères qui sont là pour le meilleur et pour le pire : la force personnelle qu’ils mettent au service de leur famille, pour dominer l’irritation et la fatigue, et faire ce qu’il y a à faire ou bien l’humilité qu’ils ont dans la recherche de nouveaux sentiers qui soient assez larges pour contenir chacun des membres de leur famille.  Se tromper et recommencer.  Pas question pour eux de prendre un chemin étroit qui les obligeraient à le suivre à la queue leu leu.

Ce soir, comme à tous les autres soirs, ils feront le tour des chambres, ils remettront la couverture à Jérémie, replaceront le gros lapin de peluche entre les bras de Zoé, ramasseront les écouteurs du « Ipod » que Joël écoute en cachette avant de s’endormir.  Pour chacun un baiser dans le silence de la nuit.  Ce qui me touche le plus, c’est d’entendre dire par un père ou une mère : « Tu sais, la liste des héros que Joël devait rédiger.  Figure-toi que mon nom est dessus ».  En plus, ils le disent sans se pavaner ou ni bomber le torse. Ils sont simplement très émus et étonné.  Parce que quand on est là pour le pire, on reçoit le meilleur comme une étonnante grâce.

 

Bertrand Dubé
Psychoéducateur et
Thérapeute conjugal & familial
Centre professionnel de services psychosociaux


P.S. le prochain article (mai 2010) portera sur :
 «  la construction d’une relation amoureuse »

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